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mardi 25 juin 2013

"L'art pour l'Art" de Théophile Gautier, suite par Celim

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Après avoir constaté des interventions très pertinentes des lecteurs du bréviaire, j'ai décidé de poster les plus intéressantes afin de donner à tous de bons compléments par rapport à des questions abordées ici et là dans divers billets. La réponse ci-dessous est une réaction d'un lecteur, Celim, après la diffusion d'un billet consacré à Théophile Gautier et sa conception de "L'Art pour l'Art" dans la préface du roman Mademoiselle de Maupin. 

"D'abord, sur la question de l'utilité de l'art. Celle-ci me semble récente. Platon et Socrate s'en fichent, par exemple, et excluent le poète de la cité car il corrompt. Enfin, disons que la mimesis qu'il propose ne correspond pas à la pratique qu'attendent les deux compères de la part des jeunes des cités. La question ne se pose pas. De même, les mystères du moyen-âge transmettaient la croyance en dieu, le théâtre élisabéthain un certain ordonnancement cosmogonique. Passons rapidement sur les cahiers bleus colportés dans les campagnes françaises et dont Perrault tira ses contes. Soulignons le rôle de la peinture dans la transmission des idées (le passage du plat à la perspective vous en dit plus sur une civilisation et sa pensée que mille ouvrages) ou l'importance de l'oralité dans la transmission du savoir. L'art est.

Schéma du théâtre élizabéthain

La question de l'utilité d'icelui-ci (oui, bon, je vous présente mes excuses pour ce démonstratif foireux) me semble apparaître au XIXème siècle, autour du Parnasse, mais aussi du Réalisme. Pour affiner encore un peu, je dirais que je n'ai pas aperçu cette question dans l'art anglais. De là à dire qu'il s'agit d'une question fondamentalement continentale ou latine, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Sur Twilight [cette partie répondait à un lecteur qui stipulait qu'un tel roman n'était pas de la littérature, on glissait ainsi de l'utilité de l'art à la question de la littérarité des fictions textuelles]. J'avais écrit quelque chose de vachement intéressant là-dessus en commentaire d'un de mes articles, mais il a disparu dans la frénésie destructrice. 

Il faudrait, en accord avec G. Genette et Borges (et dans une moindre mesure Barthes) faire disparaître ce "L" majuscule de la Littérature. Il n'existe pas de Littérature mais la littérature voire, plus exact, des littératures. Une notice d'utilisation pour une montre Casio fait partie, au même titre que la Recherche du Temps Perdu, de la littérature, de la grande bibliothèque de Babel où gisent toutes les choses écrites présentes, passées et à venir.
Gérard Genette

Ce qui pose la question, sous-jacente dans les commentaires précédents, de la relativité de l'art.

En fait, ce que Gauthier me semble faire, c'est tenter de donner une valeur précise à l'art. En lui donnant une utilité ou, précisément, en l'excluant du champ du l'utile (Le tour conceptuel est simple, mais remarquable. Depuis Marx, la valeur est mesurée par l'utilité d'une chose dans le cycle capitaliste. Le temps de travail est mesuré à l'aune de ce qu'il rapporte. L'ouvrier aussi. Le temps de loisir permet la reproduction de la force de travail, je ne vous ferai pas l'injure de balancer la vulgate. Cela dit. Dans ce cycle capitaliste, la rareté d'une chose conditionne sa valeur [Et c'est le cas depuis la mondialisation du commerce, dès le XVIème siècle si je ne me trompe pas ]. De sorte que si l'art est inutile, il sort de ce cycle. Mais pas tant que cela. En devenant inutile, il devient la plus grande des richesses. Le temps, la société capitaliste est une société où tout est investi. La nullité devient donc la suprême récompense. L'oisiveté, en somme, est le but ultime. Donc, Gauthier, en désinvestissant l'art de tout autre valeur que sa valeur intrinsèque (art pour art) le place comme le parangon des valeurs, celui à l'aune duquel tout doit être pesé), Gauthier fait de l'art la valeur suprême.

Il est donc hors de la relativité de l'art, il le mesure par rapport au reste et le pose comme valeur fondamentale. Ce qui permit, ensuite, de joyeusement enculer les mouches et de diviser l'art en choses bonnes, vraies et belles (Platon, indépassable) et en choses fausses, laides et mauvaises. Sauf que voilà. Ce positionnement correspond aussi à ce que décrit Bourdieu dans Les Règles de l'art. C'est-à-dire que l'art pour l'art n'est rien d'autre qu'un artiste cherchant à gagner sa pitance en se faisant prêtre de quelque vérité inaccessible au commun des mortels. Et de là, l’aréopage de parasites (auteurs et critiques confondus) qui viennent dire ce qui est valable ou ne l'est pas.


Tout cela pour dire : oui, je trouve que Twilight, c'est de la merde. Mais c'est de la littérature, que nous le voulions ou non.

La littérature comme quête de sens [cette partie répondait à un lecteur qui tentait de définir ce qu'est la littérature en parlant de "quête de sens"]. La vie est une quête de sens. La littérature, un miroir que l'on promène le long d'un chemin (Stendhal, Le rouge et le noir, chap XIII). 'Nough said.

Blague à part, encore une fois, je pense qu'il s'agit d'une notion de valeur. Or, la valeur fausse considérablement les choses. La littérature, la peinture, la musique, en un mot, l'art, est. Avec toute la force existentialiste de ce verbe.

Je pense que l'art est fondamentalement gratuit. Certes, il est commercial, il peut être dirigé, motivé, il peut rapporter de l'argent, en faire perdre, etc. Mais l'art est, à mon avis, un geste de partage fondamentalement gratuit. Une balle envoyée vers l'Autre (pour le coup, la majuscule me semble inévitable) qu'il lui appartient de saisir ou non. Peu importe la définition de cet autre. Il était grec à une époque, noble à une autre, féminin en Angleterre vers le XIXème siècle, etc.

L'art est gratuit. C'est un don, qui espère un retour mais qui n'en attend pas. Qui ne rend rien obligatoire. C'est juste une lubie.

Alors, une valeur ? Il peut en revêtir des milliards. Mais il restera gratuit. Navrant que le système mercantile brise tout cela."

Cette intervention fut dense mais avait le mérite d'apporter de bons compléments à la question de la littérarité, à la définition de la littérature ou encore à l'utilité de l'art plus généralement. Il ne s'agit pas d'une réponse close et définitive mais d'une nouvelle pierre à l'édifice de la recherche.

Je tiens à signaler que Celim n'est pas un membre du bréviaire des vaincus. Il n'est donc en rien engagé dans la ligne éditoriale du blog ou de la maison d'édition. Il s'agit simplement d'un lecteur ayant réagi à un article et ayant apporté une réponse réfléchie et pertinente. Ce message est publié avec son autorisation.

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lundi 24 juin 2013

Recherche aide pour création d'une boutique en ligne + traducteurs

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Voici un nouveau billet consacré aux projets du bréviaire édition.

Le projet commence à prendre forme. Après un manuscrit envoyé, en cours de lecture, j'annonce fièrement un second livre que je risque de recevoir sous peu ainsi qu'une aide en tant que traducteur voire développeur web. Si je rédige ce nouveau billet, c'est pour vous parler plus spécifiquement de la boutique en ligne.


Je cherche en effet des expertises sur la création d'une boutique en ligne. Plusieurs propositions existent, Wordpress et son plug-in E-commerce, blogger et compagnie. Selon vous, quelle est la meilleure solution pour la vente d'ebooks ?

De plus, si dans l'assistance une personne est d'accord pour donner un petit coup de main, je suis preneur.

Autre annonce, je cherche des traducteurs. Plus spécifiquement des traducteurs de l'anglais/américain vers le français. Je souhaite créer une collection intitulée "Pulps" où l'on trouvera des ouvrages traduits, pour la première, en français appartenant à cette catégorie. Des romans de femmes fatales, de flics hard-boiled, etc. 

Tout travail mérite salaire, il sera donc possible de vous payer, pour les traducteurs par exemple, par rapport à un pourcentage sur les ventes de l'ebook traduit.

Pour tout contact, écrivez-nous à breviairedesvaincus@gmail.com

PS : J'ai ouvert un espace dons pour les âmes généreuses qui nous aideront ainsi à collecter des fonds permettant d'engager des collaborateurs talentueux.

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jeudi 14 février 2013

Etienne de La Boétie et l'habitude

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Même si les humanistes du 16ème siècle ne furent pas de grands critiques du pouvoir politique, ils tentèrent plus de moraliser les princes et par conséquence la politique menée, on relève l'existence d’Étienne de La Boétie dans le rang des insurgés.

En effet, son court essai, Discours de la servitude volontaire, est une charge virulente envers le pouvoir mais, plus encore, et c'est bien cela qui lui donne un caractère universel, une peinture juste et puissante de l'homme. De l'homme en société, de l'homme face au pouvoir.



C'est en constatant la justesse d'écrits datant de plusieurs siècles que l'on reconnait la force de la littérature et du monde des idées. La Boétie, à la manière d'un moraliste du XVIIème siècle qui part du particulier pour aller au général (Les Caractères de La Bruyère, Les Fables de La Fontaine, etc.), analyse et critique des traits de caractère du genre humain. Ces traits sont ceux de la servitude, de l'homme qui baisse les bras et accepte le joug des puissants.

La Boétie fustige l'habitude car c'est elle qui amène l'homme a tout accepter. Cette "seconde nature" comme dirait Pascal est en effet l'ennemi de l'homme et l'allié des puissants. Que l'on pense à aujourd'hui, l'individu lambda accepte avec joie l'habitude d'une vie réglée, absolument innocente, il l'accepte et permet ainsi la stabilité d'un système même si ce dernier est verrolé.

L'habitude, c'est celle de se poser devant sa télévision la semaine pour regarder une énième connerie, c'est accepter de ne pas réfléchir, de ne pas mettre à mal ses capacités intellectuelles; c'est refuser de se dépasser, de transcender sa condition par l'esprit, de décortiquer l'actualité pour mieux l'avaler tout rond. En clair, c'est cette pensée pantouflarde qui consiste à ne rien faire, à accepter de marcher dans les clous. Aller voter tranquillement, en alternant à chaque fois bien entendu, comme si le pouvoir politique résidait encore dans les mains des partis, comme si la question politique se restreignait aux partis nationaux.

L'homme qui vit pleinement dans l'habitude est l'allié du pouvoir car il ne pense pas, il se fond dans le moule, il ne s'insurge pas, il regarde sa télévision et parfois il vote, ou il fait grève. Même ses sursauts sont contrôlés. Jamais il ne déchirera sa carte d'électeur, jamais il n'essaiera de modifier sa vie, bien trop tranquille et flemmarde. L'ennemi de la liberté, c'est l'habitude ; l'allié du pouvoir, c'est l'habitude. La Boétie le disait déjà en son temps.

"L'habitude qui, en toutes choses, exerce un si grand empire sur toutes nos actions, a surtout le pouvoir de nous apprendre à servir : c'est elle qui à la longue (comme on nous le raconte de Mithridate qui finit par s'habituer au poison) parvient à nous faire avaler, sans répugnance, l'amer venin de la servitude." 

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jeudi 31 mars 2011

Extrait - Michaux et l'Inde

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Redirection en htm Henri Michaux, belge d’origine, est connu pour sa poésie. Cependant, c’est oublier bien vite ses carnets de voyages comme le succulent Un Barbare en Asie publié en 1933. Un carnet étonnant tant le ton est particulier. Michaux décrit les peuples asiatiques qu’il rencontre. L’Inde, par exemple, est pour lui l’occasion de disserter sur les mœurs de ses habitants. Le ton est acerbe mais jamais directe, il conserve cette distance du dandy, de l’homme qui foule les kilomètres avec le regard malicieux.


Néanmoins, les propos de Michaux n’ont rien d’inutiles ou de superficiels. Bien souvent, avec ses paragraphes lapidaires, son sens de la formule, de la phrase joliment complexe, sa façon à lui de démolir, il touche juste. Lorsqu’il parle du théâtre local, des habitudes culturelles/culinaires de tel ou tel peuple. Bien souvent également, il dit ce que l’on n’ose avouer, nous occidentaux. L’extrait ci-dessous, provenant donc d’Un Barbare en Asie, évoque la langueur des Indiens avec humour et pertinence.



« S’asseyant où ça leur plaît ; fatigués de porter un panier, le déposant à terre et s’y vautrant ; rencontrant un coiffeur dans la rue, ou à un carrefour, « Tiens, si on se faisait raser !... » et se faisant raser, là, sur place, en pleine rue, indifférents au remuement, assis partout sauf où on s’y attend sur les chemins, devant les bancs, et dans leur boutique sur des rayons de marchandise, dans l’herbe, en plein soleil (il se nourrit de soleil) ou à l’ombre (il se nourrit de l’ombre), ou à la séparation de l’ombre et du soleil, tenant une conversation entre les fleurs des parcs, ou juste à côté OU CONTRE un banc (sait-on jamais où un chat peut s’asseoir ?), ainsi en va-t-il de l’Indien. Ah, ces pelouses dévastées de Calcutta ! Pas un Anglais ne regarde ce gazon sans frémir intérieurement. Mais aucune police, aucune artillerie ne les empêcherait de s’asseoir où ça leur convient. ».

jeudi 24 mars 2011

Extrait - Jules Renard et le talent

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Jules Renard reste un auteur atypique, à la charnière du XIXème et du XXème siècle. Homme de théâtre, mais également romancier caustique, notre homme avait le sens de la formule. Capable d’étriller à peu près tout le monde en quelques mots. Connu pour Poil de Carotte, c’est pourtant du côté de L’Ecornifleur qu’on trouvera tout le génie du bonhomme. Récit décrivant la lente, et pénible, histoire d’amour entre une vieille bourgeoisie éprise de littérature et un jeune savant, tendance fainéant.

Pourtant, l’extrait proposé aujourd’hui concerne le fameux Journal de Jules Renard. Difficile à lire du fait d’un éclatement total de toute chronologie, de toute structure un peu ordonnée, cette somme n’est que la réunion de fragments, considérations lapidaires portant bien souvent sur la société, les écrivains, les hommes plus généralement. Un temps, Renard se moque d’Alfred Jarry et de son Ubu Roi ; plus tard, il poursuit en comblant un vide (la page blanche) par le vide (la description de la mer, vue de sa fenêtre). Dans l’extrait ci-dessous, le romancier nous parle du talent. Une conception proche d’un Nietzsche, « le talent, c’est le travail ». Exit l’inspiration lyrique héritée de l’adolescence. Pas de muses, rien que de la sueur.

Jules Renard ou la littérature au vitriol


« Le talent est une question de quantité. Le talent, ce n’est pas d’écrire une page : c’est d’en écrire 300. Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas une phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Ils s’attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature, il n’y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d’une manière infatigable. La gloire est un effort constant. »

dimanche 13 mars 2011

Extrait - Julien Gracq et les écrivains

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Redirection en htm Nouveau billet du bréviaire, décidément on n'arrête plus ces derniers jours. Au programme, un grand classique du pamphlet littéraire. Certes, Julien Gracq, car c'est de lui dont on parlera, n'est pas uniquement l'auteur de La Littérature à l'estomac, le livre dont on va également parler. Néanmoins, ce petit pamphlet reste encore aujourd'hui d'une telle actualité, d'une telle justesse, le propos toujours servi par un style ciselé, on ne peut qu'admirer ce petit ouvrage.

Il est vrai que Gracq tricote un peu, un peu trop, et que ses analyses se perdent dans cette volonté de faire trop beau mais passons et admirons ci-dessous une des saillies de cet écrivain si particulier. Cet écrivain qui ne voulait, comme seule et unique médaille, celle du mérite agricole puisque le bonhomme cultivait un petit lopin de terre. Voilà une anecdote qui en dit long sur la distance voulue entre lui et ce microcosme mondain des écrivains parisiens. On respire et on transpose.

Julien Gracq, l'écrivain qui se prenait pour un paysan

« Car l’écrivain français se donne à lui-même l’impression d’exister bien moins dans la mesure où on le lit que dans la mesure où « on en parle ». Il lui faut sans cesse relancer la presse prompte à s’endormir (et moins la critique encore que les échos, qui sont la récompense suprême) il faut tenir les langues en haleine. Un anxieux, un essoufflé « Je suis là !… j’y suis – j’y suis toujours ! » est parfois ce qui s’exprime de plus pathétique, pour l’œil un prévenu, au travers des pages de tel romancier en renom auxquelles on se prend distraitement à souhaiter tout à coup que la poussière soit légère : ce n’est rien toutefois, ou du moins ce n’est pas forcément qu’il n’ait plus rien à nous dire ; mais c’est son livre annuel : il s’agit à nouveau de donner le branle, d’empêcher qu’il y ait prescription. »

lundi 28 juin 2010

Extrait - Jean Lorrain et les mondains

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Redirection en htm Jean Lorrain fait parti de ce courant littéraire que l'on appelle le Décadentisme. On retrouve dedans des écrivains plus connus comme Barbey d'Aurevilly ou Huysmans. Dandys bien souvent, mélancoliques voire nihilistes, ils marquent les esprits grâce à une écriture raffinée doublée d'un vrai désespoir.

Dans son livre, Monsieur de Phocas, Lorrain nous décrit son personnage principal comme sujet à des pulsions meurtrières. Voyant des masques partout, il développe une haine incroyable pour ses congénères et rêve de tuer quelqu'un. Le passage qui suit retranscrit le virulent portrait des mondains que fréquente le protagoniste.

Jean Lorrain, un vrai décadent

"Depuis que je le connais, la présence des autres m'est devenue plus intolérable encore, leur conversation surtout ! Oh ! comme elle m'angoisse et comme elle m'exaspère, et leur attitude, et leur façon d'être, et tout, et tout !... Les gens de mon monde, mes tristes pareils, comme tout ce qui vient d'eux m'irrite, m'attriste et m'oppresse, leur vide et bruyant bavardage, leur perpétuelle et monstrueuse vanité, leur effarant et plus monstrueux égoïsme, leurs propos de club !
Oh ! le ressassage des opinions toutes faites et des jugements appris, le vomissement automatique des articles lus, le matin, dans les feuilles et qu'on reconnaît au passage, leur désespérant désert d'idées, et là-dessus l'éternel plat du jour des clichés trop connus sur les écuries de courses et les alcôves des filles...et les loges des petites femmes ! Les petites femmes, autre loque de langage, la sale usure de ce terme avachi !
Ô mes contemporains, mes chers contemporains,... leur idiot contentement d'eux-mêmes, leur suffisance épanouie et grasse, le stupide étalage de leurs bonnes fortunes, les vingt-cinq et cinquante louis sonnant de leurs prouesses tarifées toujours aux mêmes chiffres, leurs gloussements de poules et leurs grognements de porcs, quand ils prononcent le nom de certaines femmes, l'obésité de leurs cerveaux, l'obscénité de leurs yeux et la veulerie de leur rire ! Beaux pantins d'amour en vérité, avec l'affaissement esquinté de leurs gestes et le démantibulé de leur chic (le chic, un mot hideux qui sied comme un gant neuf à leur allure, affalée, de croque-morts, épanouie, de Falstaff)... Ô mes contemporains, les ceusses de mon cercle, pour parler leur argot ignoble, depuis le banquier juif qui les a eues toutes et racole cyniquement pour l'Affaire, jusqu'au gras journaliste qui a son couvert, lui aussi, chez toutes, mais à de moindres taux, et parle tout haut ses articles, comme je les hais, comme je les exècre, comme j'aimerais leur manger et le foie et le fiel et comme je comprends les bombes de l'Anarchie !"

dimanche 27 juin 2010

Extrait - Cavanna et l'enfance

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Redirection en htm Cavanna n'est pas qu'un journaliste/éditorialiste, il est, ou a été plutôt, un écrivain talentueux. Dans la veine d'un Alphonse Boudard, avec un langage argotique et une certaine nervosité dans les descriptions, ce fils d'italiens dépeignait son enfance de manière admirable dans son livre Les Ritals. L'enfance dans une France en reconstruction, encore bricolée, avec la cruauté du quotidien de ces chers bambins. Une enfance avec ses initiations également. Premiers larcins, premières découvertes sexuelles. Du coup, derrière la virulence du langage, se cache une grande tendresse et un beau livre sur l'enfance.

Dans l'extrait ci-dessous, on peut lire un portrait/critique du narrateur à propos des pêcheurs. Drôle, vif et d'une incroyable justesse. Le regard acéré ou comment critiquer les petites gens, avec intelligence.

 L'écriture, toujours l'écriture

"Sur la Marne, il y a aussi les pêcheurs. Des vieilles merdes qui louent un emplacement avec un piquet pour amarrer une barque plate, peinte en vert, aussi déprimante à voir qu'une pantoufle charentaise. Ils restent là, des plombes et des plombes, à guetter le bouchon, faut avoir de la purée de marrons à la place du cerveau.Et quand ils en sortent un, ces enfoirés, un gardon comme mon petit doigt, je me barre, je les fracasserais à coups de parpaing, je les balancerais à la baille, je sens la colère rouge qui monte. Pourriture de braves gens ! Ils te décrochent la bestiole, la gueule arrachée, la jettent dans le panier de zinc, et là, elle se tortillera bâillera étouffera pendant des heures, tout ça pour que ces connards à bidoche grise, à bajoues et à mégot aient un peu de saine distraction au bon air !"

lundi 21 juin 2010

L'atelier d'écriture - nouveau chapitre du roman

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Un nouveau chapitre de mon roman est en ligne sur My Major Company Books. Je vous mets ici l'accroche du chapitre. Pour lire la suite, il faudra cliquer sur le lien. Le chapitre s'appelle "L'Atelier d'écriture" et projette notre narrateur/personnage dans un atelier de ce type. L'occasion pour lui de se divertir de l'aliénation du travail qu'il effectue chaque jour.

On fait chauffer les neurones

"Je me suis dit que ce n’était pas une mauvaise idée. Du coup, j’ai cherché. Un peu partout, sur Internet, dans les petites annonces du journal. Il me fallait trouver quelque chose, de quoi compenser mes longues journées de boulot par une activité prenante. J’avais choisi l’écriture.
            Le choix n’avait rien eu de cornélien. Trop fainéant pour m’astreindre à une activité physique, j’avais rapidement rayé du champ des possibilités le sport. L’écriture ? Pourquoi pas ? Du moment que ça me permettait de vider ma bile, de souffler un bon coup et de craquer légalement. Peu m’importait le moyen, seule la cause méritait qu’on s’y attarde.
            Pour pouvoir écrire, il faut écrire comme disait Bukowski. Comme je nageais en plein flou, je me suis dit qu’un petit coup de pouce ne serait pas de trop. Au lieu de me coltiner des livres, d’écrire péniblement comme un cheval de trait, l’atelier d’écriture se dressait devant moi comme une option viable et intelligente.
            « Aux belles lettres », sous ce nom un peu niais se cachait en réalité un atelier d’écriture, ouvert à tous, moyennant finance, en plein huitième arrondissement de Paris. C’est plus le hasard qui me décida à jeter mon dévolu sur cette association qu’un choix mûri comme il se doit. Après un coup de téléphone somme toute classique, je me décidai à m’y rendre le lundi suivant, jour de repos du bibliothécaire."


Le lien : http://www.mymajorcompanybooks.com/Auteurs/hassler/

dimanche 20 juin 2010

Extrait - Benjamin Constant et le triangle amoureux

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Redirection en htm Benjamin Constant est surtout connu aujourd'hui pour son roman Adolphe. Une histoire d'amour où se mêlent le cérébral et le sentimental. Même s'il est réducteur de résumer notre ami à ce seul titre, il faut convenir que le-dit livre renferme quelques passages touchants où le style, précieux mais jamais maniéré, arrive à retranscrire ces évolutions infimes des sentiments d'un être en proie à l'amour.

Dans le passage qui va suivre, notre narrateur/personnage évoque la complexité de l'homme et toute la difficulté d'aborder la femme que l'on aime. Simple, juste, touchant.

Benjamin nous parle de l'homme et de sa complexité

"Cette situation se prolongea. Chaque jour, je fixais le lendemain comme l'époque invariable d'une déclaration positive, et chaque lendemain s'écoulait comme la veille. Ma timidité me quittait dès que je m'éloignais d'Ellénore; je reprenais alors mes plans habiles et mes profondes combinaisons : mais à peine me retrouvais-je auprès d'elle, que je me sentais de nouveau tremblant et troublé. Quiconque aurait lu dans mon coeur, en son absence, m'aurait pris pour un séducteur froid et peu sensible; quiconque m'eût aperçu à ses côtés eût cru reconnaître en moi un amant novice, interdit et passionné. L'on se serait également trompé dans ces deux jugements : il n'y a point d'unité complète dans l'homme et presque jamais personne n'est tout à fait sincère ni tout à fait de mauvaise foi."

mardi 15 juin 2010

Bazar littéraire - Céline et l'enfance

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Nouvel épisode après plus jours voire semaines d'attente du bazar littéraire. Au programme, le livre Mort à crédit de Céline. Un témoignage sur l'enfance.


samedi 12 juin 2010

Moi et My Major Company Books

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Pour ceux qui veulent me lire, au lieu de retrouver des extraits éparpillés, je me suis inscrit au site My Major Company Books. Ce site reste une arnaque, de l'auto-édition déguisée, mais vous permet de mieux me découvrir et me lire.

 La nouvelle mode et moi


J'ai posté le premier chapitre du roman sur lequel je suis actuellement, format pdf, avec la liseuse du site ça passe niquel. Voilà.

jeudi 10 juin 2010

Fin du chapitre, le concert surprise

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La fin du chapitre, Le concert surprise. 


Ce soir, c'est combat !

"Seulement, je n’étais pas Mère Térésa et mon catéchisme n’était qu’un lointain souvenir. Je la pris par le bras, il fallait bien dégager le passage. A la première secousse, un gémissement. Elle bredouillait des choses complètement inintelligibles. Des sortes de râle de pitié. Son bédot encore à la main, elle avait le bout des doigts calcinés.

A force de garder trop longtemps la précieuse convoitise, cette conne se rôtissait elle-même, en partant des pognes. La colère doublée à une furieuse envie de rendre à César ce qui lui appartient, je soulevai cette blonde décolorée par le col. Mon pantin ne bougeait pas, il se balançait mollement au bout de mes bras. Furieux, je lui assénai une violente droite en pleine face. Une belle manière de rompre avec la fameuse galanterie masculine. K.O en un coup. Tel un Tyson de la belle époque, j’envoyai mon adversaire au tapis avec brutalité.

Sa tête frappa le carrelage des water-closets comme un obus sur une plage de Normandie. Le poc que provoqua le choc me fit découvrir un petit cratère presque mignon. Ma victime, qui venait de perdre une dent, saignait fortement de la bouche. On distinguait une protubérance blanche sortir de la cavité buccale. C’était presque beau.

Par habitude, je commençais à sortir mon sexe pour uriner tranquillement mais c’était sans penser à la redoutable secousse qui vint me rappeler, en un quart de seconde, à peine, le mal dont je souffrais. L’estomac se contractait avec force, la douloureuse sensation de chaud que l’on ressent dans l’œsophage devint plus forte que jamais. A peine le temps d’y penser que la gerbe dorée vint moucheter l’intérieur des toilettes.

Deux violentes secousses me mirent à terre. Sur les genoux, je terminai le boulot commencé. Sale et inutile. A force de raclement de gorges, j’expédiai une grande partie de la pourriture qui stagnait il y a encore quelques secondes dans mon estomac. Nauséeux au possible, en sueur, j’essayais de reprendre mes forces pour pouvoir sortir de ces toilettes et par la même occasion quitter cette assemblée.

Les quelques minutes d’effort qui suivirent me semblèrent durer des heures. Titubant, les jambes en coton, une odeur d’œuf pourri se dégageant de ma bouche, je sortis des toilettes, le salon comme ligne d’horizon. De l'herbe s’étalait sur la table, deux joints tournaient tranquillement pour satisfaire chacun.

Ma montre me signalait qu’il était déjà 3 heures du matin. Il fallait partir. Lucie se rapprochait de plus en plus de Baptiste, les groupies se déshabillaient dangereusement, les autres commençaient à planer. Je me mis dans l’idée de leur dire au revoir, à tous, mais je me retiens de le faire. Mon haleine fatale pourrait me porter préjudice. Et puis, j’ai horreur des joints.

D’un geste de la main, je leur montrai qu’il était temps que je rentre. Leurs gueules béats me répondirent avec un horrible sourire. Je pris la porte en emportant avec moi mon mal de ventre. Soirée de merde."

mercredi 9 juin 2010

Le concert surprise - deuxième suite

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La suite du roman, le chapitre "Le Concert surprise".

Fraternisons mes frères

"Comme tout groupe de la même trempe, les paroles avaient leur importance. « Chansons à texte » précisait Baptiste fier de lui. Apparemment, c’était lui l’auteur de ces saillies. Forcément, idéologiquement très marquées. Il s’agissait de traiter un peu tous les problèmes du monde, les belles causes. Des sans-papiers à la pauvreté, les chansons formaient un tel amas de pathos qu’un diabétique en crèverait rien qu’à la vision de ce galimatias.

Moi je ne mourrais pas, je souffrais en silence. Mon statut d’esthète violemment tancé par ces quelques productions musicales. Assez rapidement, toute l’assistance commença à parler musique, plus précisément du groupe de Baptiste. Fier de lui, tel le Candide de Voltaire, notre brave garçon se lança dans une pénible énumération des tentatives du groupe pour percer.

Ils enchaînaient les sortes de crochets et autres compétitions musicales, dès qu’une salle de concert ou une association mettait sur pied quelque chose qui s’apparentait à ça, le groupe se radinait avec ses dernières productions sous le coude. Malgré la médiocrité ambiante, tout entretien se soldait par un échec. Cuisant et violent.

Je me demandais tout de même comment il faisait, tous, pour vivre. S’ils pensaient vivre de leur « art », mieux valait vivre petitement. Ce qui n’avait pas l’air d’être le cas ici vu l’approvisionnement en bières et pizzas qui formaient désormais une sorte de train lascif de la cuisine jusqu’au salon. La question n’était pas taboue mais était vite éludée, j’eus ma réponse au détour d’une conversation. Ils étaient étudiants.

Tous, Baptiste comme ses camarades. Batteur, bassiste, guitariste la nuit et étudiant le jour. Sans trop faire d’effort, je compris avant même que la chose ne me soit confirmée que papa/maman finançait la vie minable de leurs progénitures. Chacun, le cul bien au chaud, pouvait se permettre de plonger à grandes brasses dans le déni du réel puisque le filin qui les retenait à la surface ne lâcherait jamais. Des parents qui paient l’indépendance de leurs enfants, c’est d’un banal.

La bière, ou plutôt les bières, commençait à faire son effet. Sans être pompette, j’avais le cerveau qui commençait à marcher au ralenti. Typique lorsqu’on ne mange pas en même temps que l’on boit. Du coup, avec un temps de latence plus ou moins grand, j’essayais de suivre les discussions hilares qui m’entouraient sans réussir pourtant à raccrocher les wagons.

A ma droite venait de s’engager un discours philosophico-mystique. Ils parlaient politique avec une naïveté à la hauteur de leur ignorance. Comme des artistes. C’était du Tocqueville sans le talent, du Robespierre sans l’audace, du Marx sans la pertinence. Bref, c’était du rien, du vent, du que dalle.

Pourtant, ils ne pouvaient s’empêcher, groupies, fans comme le groupe, de se pignolaient joyeusement, tous ensemble, dans cette espèce de fraternité répugnante que les gauchistes adorent. Ma seule envie à moi, c’était de me diriger vers les toilettes histoire d’évacuer cette mauvaise bière. Je luttais pour ne pas tout renvoyer, là, maintenant, au milieu de cette instance de joyeux drilles.

J’avais autant envie de gerber que de me lever d’un coup, et beugler, avec force et fracas, mon dégoût pour cette bande de crasseux. "Vous me faîtes chier bandes de cons", je ne le dis pas. Emasculé que j’étais par des années de pacifisme et d’éducation socialisante. Mou du genou, chèvre bêlante, petit médiocre forgée à la lumière du prêt à penser.

Mieux valait éviter l’esclandre, même si la chose me chatouillait de plus en plus. Je préférais me diriger vers les toilettes et faire ma petite affaire. A peine arrivé au lieu-dit, je rencontrai une fois encore la colocataire avec son joint dans les mains. Elle dormait à moitié sur la cuvette des chiottes. Comme cassée."

lundi 7 juin 2010

Le concert surprise - la suite

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Aujourd'hui, j'ai décidé de publier la suite du premier extrait du roman sur lequel je travaille actuellement. Souvenez-vous donc, le narrateur/personnage se retrouve, après un concert d'amis d'une amie, dans l'appartement de l'un des musiciens. Après une visite des lieux, les convives se posent et discutent.


Des groupies déchaînées

"La discussion commença rapidement. Je l’entrecoupais de quelques gorgées de bière. Baptiste se tenait  en face de Cécile. Tous les deux, ils parlaient musique, déliraient gentiment sans se douter que je n’y comprenais rien et que ce communautarisme du rire m’emmerdait profondément. Il y a comme une régression mentale chez certains jeunes qui me donne à vomir. Comme si l’intelligence, la réflexion étaient devenues des gros mots qu’ils faillaient battre à coups de rires imbéciles.

Les autres musiciens étaient dispatchés dans la pièce. Deux sur le canapé, un sur un pouf derrière la table basse. Ils parlèrent du concert bien entendu, de musique, tout en caviardant leurs propos d’un jargon branchouille qui m’était étranger. La soirée allait être longue.  

On sonna, c’était les deux groupies de tout à l’heure. Des poufiasses de premier choix, en total admiration devant ces musiciens de bazar. C'était leur Beatles à eux, sans aucun doute. L’une était brune, assez grosse, avec des lunettes, l’autre affichait une blondeur fadasse doublée d’une maigreur déplorable. Leur jovialité masquait difficilement la vacuité de leurs personnes.

Elles vendaient des colliers de perles à la sortie des concerts du groupe. C'était ça leur but dans la vie. Cette espèce de résidu d'une révolte estudiantine attardée. Une idéologie à peine digne des gogues. Des marginales qui, par un mimétisme dont elles ne se rendaient pas compte, reproduisaient les logiques d’un marché qu’elles critiquaient en le simplifiant à l’extrême. Même pas baisables.

Leurs recettes étaient maigrichonnes, pour ne pas dire risibles. Je dus les embrasser, malgré la forte répugnance que j’avais à poser mes lèvres sur ces joues suintantes de gauchistes. La brune portait une de ces écharpes pleine de couleurs et de discrétion comme on en fait de nos jours. L'autre arborait un bandana rouge, noué autour de son poignet. C’était le genre de connes à parler avec effusion de la liberté, sans comprendre que le libre arbitre c’est le degré zéro de la liberté.

Elles s’assirent à côté de moi, sur le canapé. Elles ne pouvaient s’empêcher de rire aux éclats à chaque fois qu’on leur adressait la parole. Comme une mécanique non justifié mais incontrôlable. Je m’efforçais d’afficher un sourire, en dépit de ma nervosité, pour ne pas trop jurer dans cette assemblée de festifs.

Pour créer une ambiance, comme il aimait à le dire, Baptiste venait de lancer un CD des dernières compositions du groupe. Pas encore connu, mais bourré de talent. Il nous l’assurait avec une telle conviction qu’on ne pouvait que rallier son jugement. Le style, s’il fallait le définir, empruntait à beaucoup d’univers existants. Une sorte de melting-pot foutraque où se retrouvait autant la chanson réaliste à la française que des sonorités africaines ou encore un rock calibré jeunes bourgeois"

vendredi 28 mai 2010

Bazar littéraire - Gainsbourg et ses vents

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Nouvel épisode du Bazar Littéraire, le troisième déjà.

Au programme, le livre de Serge Gainsbourg, Eugénie Sokolov. Un conte parabolique étonnant.




jeudi 13 mai 2010

Extrait - Nietzsche et les Français

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Redirection en htm On peut trouver étrange que je parle aujourd'hui d'un philosophe dans un blog qui se veut pourtant littéraire. Seulement, je ne parle pas de n'importe qui mais de Nietzsche, notre nihiliste adoré. C'est en parcourant rapidement son livre Par-delà le bien et le mal que j'ai pu relever quelques passages bien sentis du philosophe allemand. Au-delà de la pertinence des idées, on aime chez Nietzsche son écriture qu'on pourrait qualifier, au risque de choquer les puristes, de littéraire.Un peu comme Rousseau.

Lire du Nietzsche demande un effort de réflexion, d'incessants retours mais l'exercice reste agréable grâce à ce talent de styliste de Friedrich. Pour rester dans les philosophes allemands, on obtiendrait, au mieux, un mal de crâne en lisant Kant là où Nietzsche arrive à dessiner un sourire sur notre visage. Le passage que j'ai choisi aujourd'hui nous concerne puisque notre philosophe teuton parle des Français. Un éloge finalement pas si daté si l'on considère notre époque avec un œil intransigeant.

Nietzsche aime la France

"Aujourd'hui encore, la France est le refuge de la culture la plus intellectuelle et la plus raffinée qu'il n'y ait en Europe et reste la grande école du goût : mais il faut savoir la découvrir, cette "France du goût". Qui en fait partie prend soi de se tenir caché : - ils sont peu nombreux et dans ce petit nombre, il s'en trouve encore, peut-être, qui ne sont pas très solides sur jambes, soit des fatalistes, des mélancoliques, des malades, soit encore des énervés et des artificiels, qui mettent leur zèle à rester cachés".

mercredi 12 mai 2010

Bazar littéraire - Bukowski et son journal intime

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J'inaugure aujourd'hui un petit rendez-vous concernant la littérature, cette fois-ci sous forme de vidéos. Bazar littéraire, ce sera pour moi l'occasion de critiquer quelques livres ou vous faire découvrir les grands moments de l'histoire de la littérature.

Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler de ce brave Charles Bukowski et de son journal intime. Œuvre posthume mineure mais pas inintéressante.



A bientôt

jeudi 6 mai 2010

Le lâche et le résistant de papier

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Il est déplorable de voir comment l'on traita Céline après la seconde guerre mondiale. La polémique la plus connue, et probablement une des plus emblématiques, est celle qui confronta notre grand styliste français au philosophe Jean-Paul Sartre. L'homme qui se trompa sur à peu près tout à propos de son siècle. Céline, dans un texte admirable, giflait admirablement ce dictateur de la pensée unique qui réclamait sa tête, et ce n'est pas une image, en le qualifiant d'"agité du bocal".

 Céline nous parle de sa correspondance

C'est en lisant Nord, livre s'inscrivant dans la trilogie allemande de Céline, retraçant son périple en Europe durant la seconde guerre mondiale, que je découvris ce passage amusant dans lequel Ferdinand nous évoque son courrier. Et c'est à travers ces quelques lettres que se dresse, un peu comme Molière pouvait le faire dans ses pièces, la peinture morale des hommes. L'élaboration d'un stéréotype pertinent. Le lâche n'hésitant jamais à sauter d'un camp à l'autre pour éviter au maximum les coups de bâton.

"Je vois encore aujourd'hui même je reçois des lettres de menaces très horribles, vingt ans après, de personnes qui n'étaient pas nées...il va de soi, j'ai bien l'habitude!...je note à propos, que les lettres de menaces les plus agressives ne sont jamais signées...tandis que les lettres de l'autre bord, d'admirateurs tant que ça peut, portent toutes, les noms et adresses...gentils amateurs d'autographes!...rigolo, c'est que peut-être ce sont les mêmes qui vous préviennent qu'ils vont venir vous mettre en pièces et puis l'autre semaine, d'une autre écriture, vous trouvent l'incomparable génie qu'ils se désolent et pleurent nuit et jour à penser combien l'humanité tellement abjecte vous a traité et vous traite...beaucoup plus mal que le dernier des parricides...il faut de tout pour faire un monde, et plus que tout dans le même être...à comprendre, vous avez bonne mine!"

La résonance de cette énième digression de Céline dans le texte fait forcément penser à ces résistants de papier qui s'inventent aujourd'hui des combats, s'insurgent contre des fantômes faute de comprendre la réalité de leur temps. Ces jeunes imbéciles, qui couvent la naïveté de leur âge sous des apparats crasseux, devraient comprendre que se battre contre le nazisme ou le fascisme, avec une conception digne des années 40, est aussi inutile qu'absurde.

 Ils sont redoutables car ils ne comprennent rien

jeudi 29 avril 2010

Céline et la campagne

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Céline fut probablement notre dernier grand styliste français dans notre littérature nationale. Avec une découpe des phrases à la hache, la multiplication des signes de ponctuation comme autant coups de poing, Louis-Ferdinand a imposé sa marque de fabrique. Et cela dès son premier roman, Voyage au bout de la nuit.  C'est la gouaille du peuple, l'oralité des faubourgs.

Avant de se caricaturer, car de livre en livre l'ancien docteur Destouches a poussé son style jusqu'à son paroxysme, quitte à devenir parfois lourd et ennuyeux, Céline est l'auteur de quelques saillies remarquables. L'extrait que je tenais à vous faire partager aujourd'hui est cette fameuse description de la campagne que livre le personnage principal du Voyage au bout de la nuit. En quelques mots, Céline nous dit tout son dégoût de la vie, des gens. Formidable porte-voix des "sans grades", Ferdinand reste un monument qu'il serait bête d'ignorer pour des raisons idéologiques.


 Rien ne vaut la compagnie des chats et des chiens

"La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça, la France, et puis, c'est ça les Français. (...) Arthur, l'amour, c'est l'infini à la portée des caniches, et j'ai ma dignité, moi ! que je lui réponds (...) Moi, d'abord, la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, sous ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ces chemins qui ne vont nulle part. (...) L'attendrissement sur le sort, sur la condition du miteux..."

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline