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jeudi 24 mars 2011

Extrait - Jules Renard et le talent

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Jules Renard reste un auteur atypique, à la charnière du XIXème et du XXème siècle. Homme de théâtre, mais également romancier caustique, notre homme avait le sens de la formule. Capable d’étriller à peu près tout le monde en quelques mots. Connu pour Poil de Carotte, c’est pourtant du côté de L’Ecornifleur qu’on trouvera tout le génie du bonhomme. Récit décrivant la lente, et pénible, histoire d’amour entre une vieille bourgeoisie éprise de littérature et un jeune savant, tendance fainéant.

Pourtant, l’extrait proposé aujourd’hui concerne le fameux Journal de Jules Renard. Difficile à lire du fait d’un éclatement total de toute chronologie, de toute structure un peu ordonnée, cette somme n’est que la réunion de fragments, considérations lapidaires portant bien souvent sur la société, les écrivains, les hommes plus généralement. Un temps, Renard se moque d’Alfred Jarry et de son Ubu Roi ; plus tard, il poursuit en comblant un vide (la page blanche) par le vide (la description de la mer, vue de sa fenêtre). Dans l’extrait ci-dessous, le romancier nous parle du talent. Une conception proche d’un Nietzsche, « le talent, c’est le travail ». Exit l’inspiration lyrique héritée de l’adolescence. Pas de muses, rien que de la sueur.

Jules Renard ou la littérature au vitriol


« Le talent est une question de quantité. Le talent, ce n’est pas d’écrire une page : c’est d’en écrire 300. Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas une phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Ils s’attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature, il n’y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d’une manière infatigable. La gloire est un effort constant. »

jeudi 13 mai 2010

Extrait - Nietzsche et les Français

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Redirection en htm On peut trouver étrange que je parle aujourd'hui d'un philosophe dans un blog qui se veut pourtant littéraire. Seulement, je ne parle pas de n'importe qui mais de Nietzsche, notre nihiliste adoré. C'est en parcourant rapidement son livre Par-delà le bien et le mal que j'ai pu relever quelques passages bien sentis du philosophe allemand. Au-delà de la pertinence des idées, on aime chez Nietzsche son écriture qu'on pourrait qualifier, au risque de choquer les puristes, de littéraire.Un peu comme Rousseau.

Lire du Nietzsche demande un effort de réflexion, d'incessants retours mais l'exercice reste agréable grâce à ce talent de styliste de Friedrich. Pour rester dans les philosophes allemands, on obtiendrait, au mieux, un mal de crâne en lisant Kant là où Nietzsche arrive à dessiner un sourire sur notre visage. Le passage que j'ai choisi aujourd'hui nous concerne puisque notre philosophe teuton parle des Français. Un éloge finalement pas si daté si l'on considère notre époque avec un œil intransigeant.

Nietzsche aime la France

"Aujourd'hui encore, la France est le refuge de la culture la plus intellectuelle et la plus raffinée qu'il n'y ait en Europe et reste la grande école du goût : mais il faut savoir la découvrir, cette "France du goût". Qui en fait partie prend soi de se tenir caché : - ils sont peu nombreux et dans ce petit nombre, il s'en trouve encore, peut-être, qui ne sont pas très solides sur jambes, soit des fatalistes, des mélancoliques, des malades, soit encore des énervés et des artificiels, qui mettent leur zèle à rester cachés".