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mercredi 7 novembre 2012

Ecriture - Roman "Le gout de rien" : chapitre 2 : "Début de stage"

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Après la publication du premier chapitre, "Prise de conscience", voici le second chapitre du roman Le Goût de rien, en cours d'écriture. Son nom "Début de stage".

Les fonctionnaires sont un petit peu comme les livres d'une bibliothèque. Ce sont les plus hauts placés qui servent le moins.
                          Paul Masson
  
 

Chapitre II - Début de stage

Le plus dur dans le stage, c’est l’avant. Avec son système bureaucratique post-soviétique, l’administration de nos chères universités a de quoi rendre fou. Se frotter un peu au monde du travail, deux/trois mois, à peine, nécessite déjà une débauche d’énergie assez incroyable.
Demande de convention, remplissage, signature du professeur référent, trouver une entreprise, soumettre la feuille signée, décrocher un accord écrit, retour à la case départ, attente de plusieurs mois, etc. Avec une organisation centralisée et décentralisée, rapide et lente, ordonnée et désordonnée à la fois, nos lieux de savoirs donnent souvent l’impression de tout faire pour nous empêcher de travailler. Travailler pour de vrai, je ne parle pas ici de ce microcosme puéril où s’ébattent joyeusement quelques professeurs spécialisés en quelques matières occultes.
Avec mes études, littéraires de surcroît, ma valeur sur le marché du travail approchait le zéro absolu. Du coup, la perspective d’un stage, même de quelques mois, devenait pour moi le symbole d’une ouverture salutaire. Enfin, j’allais sortir de ma léthargie étudiante pour devenir quelqu’un.
Anticipant un peu le moment fatidique, j’avais commencé, bien avant l’annonce officielle du stage, à chercher une bibliothèque capable de m’accueillir. Et si possible de m’intéresser. Seulement, chaque coup de téléphone prenait l’allure d’une fuite en avant kafkaïenne. On me faisait languir de longues minutes, les responsables ne répondaient jamais et quand j’obtenais enfin quelqu’un digne de confiance, le petit grade à l’épaulette, il me renvoyait en plein visage un discours abscons de fonctionnaire.
Demande de convention, non. Une convention, oui. Seulement pour avoir l’une il faut l’autre et l’ordre imposé n’est pas celui accepté. Du coup, je tentais en piètre rhétoricien que j’étais de convaincre mon interlocuteur, aussi borné que mal élevé la plupart du temps, du non-fondé de son raisonnement.
Peine perdue, on ne discute pas avec un fonctionnaire. Il exécute ou pire, il esquive. Après une bonne dizaine de tentatives avortées, je tombai enfin sur une bonne âme. Compréhensive et logique, deux traits de caractère globalement absents chez cette frange de travailleurs, elle me proposait tout simplement un rendez-vous.
Oui, un simple rendez-vous. Avec une journée, une heure. Le jour J, je découvris avec un plaisir non dissimulé la finesse de ma future responsable. Femme mûre, les cheveux presque tous blanchis, encore coquette malgré son âge, elle me décrivit mes futures tâches et avança même quelques idées pour le mémoire sur lequel je devais plancher. La semaine suivante,  je revins la voir avec les papiers nécessaires pour conclure au plus vite ce premier entretien.
***
Travailler en bibliothèque nécessite d’être en contact, quelques heures chaque jour, avec le public. Le problème, c’est que là où j’étais, le public n’était pas très porté sur la culture. En pleine zone commerciale, dantesque, on trouvait plus de beaufs, de banlieusards et autres touristes égarés que des férus de livres.
Du coup, je déchantai rapidement lorsque je pris conscience de la qualité de nos fréquentations. Dès la première semaine, j’eus à traiter un cas. Bien installé dans mon fauteuil molletonné, j’attendais patiemment l’arrivé d’un curieux souhaitant s’inscrire. Faute de « clients », terme à bannir dans ce milieu, je surfais gentiment sur quelques sites inutiles.
Du coin de l’œil, je vis s’avancer vers moi, la mine renfrognée et le pas rapide, une jeune femme brune. Dans les trente ans, maghrébine. A peine arrivée à mon niveau, elle saisit d’un geste vif et brutal l’écran de mon ordinateur pour le tourner vers elle.
Sur le coup, ma conscience professionnelle vacilla. J’hésitai entre l’hypocrisie du travail, mon beau sourire de faux-cul, et mon instinct animal qui me poussait à remettre à sa place cette conne. Mon geste fut forcément hybride. Arrêtant immédiatement son geste inconsidéré, ma main droite vint bloquer l’écran tandis que mon visage affichait à grand renfort de contractions une mine enjouée et bienveillante.
« Oui ? », je ne savais quoi répondre de plus pour ne pas paraître trop rustre. Ses yeux affolés traduisaient son manque de lucidité. On aurait dit une camée à mi-chemin entre la féministe hyper impliquée et la gauchiste attardée. Ou un mélange des deux.
-       « Vous l’avez vu ? »
-       « De quoi ? »
-       « Ben si, vous pouvez le voir. Vous l’avez vu. »
-       « Vous avez un problème avec un ordinateur ? ». Réponse formatée que l’on sort lorsqu’on ne comprend pas la question.
-       « Vous pouvez aller sur Internet ici, avec votre poste. »
-       « Heu…oui ». La question me semble atrocement stupide, peut-être parce qu’elle l’est.
-       « On peut aller sur Internet d’ici. »
-       « …oui ». Je nage en plein dialogue absurde, à la Ionesco. Je ne comprends absolument rien de ce que cherche à me dire ma foldingue. Elle me parle d’ordinateur, d’Internet, de voir, pas voir. Où veut-elle en venir ?
-       « On peut aller sur Internet alors. »
-       « Oui, enfin nous, les bibliothécaires. Pour les usagers, vous avez les postes de recherche. Il y en a quatre », je commence à esquisser un geste de la main, déblatérant comme un robot mon discours de base tandis qu’elle me coupe à nouveau.
-       « Donc vous l’avez vu…mon compte lecteur ». 
-       « Heu…non ». Je rigole, plus nerveusement qu’autre chose, je viens de comprendre que ma foldingue l’est vraiment. Une authentique parano. De toute façon, on ne peut pas consulter les comptes des lecteurs…enfin c’est interdit, et puis, c’est impossible de toute manière.
-       « Comment vous le savez ? ». Le pire dans les paranos c’est cette interrogation perpétuelle, un peu comme les gosses en bas âge qui, dès leurs premières paroles, ne peuvent s’empêcher de vous dire « Pourquoi ? » à la moindre chose vue.
-       « Ben…heu…c’est comme ça. Parce que ». Je souris une fois encore, essayant de sortir de ma gorge serrée quelques sons amicaux.
-       « Et vous regardiez quoi là ? ».
-       « Comment ça ? ».
-       « Les sites, vous étiez sur Internet là, j’ai vu. Vous regardiez mon compte. J’vous ai vu fermer les fenêtres quand je suis arrivé. Vous cachez quelque chose. ».
-       « Oui », ça y est elle commence à m’interroger sur des choses personnelles, je m’efforce de garder ce vernis indispensable lors de tout service public mais je sens que ma carapace craquelle de partout. « Oui, parce que c’est personnel, des mails, des choses comme ça. De toute façon, vous n’avez rien à regarder ici, ni à toucher. Je m’occupe des inscriptions. C’est tout ».
-       « … »
Ma dinguo repartit furax vers la sortie. Vexée et anxieuse au possible, pensant que je venais de violer son intimité. A moitié hilare, mais également en colère, j’en parlai à mes collègues lors de la pause qui suivit mon service histoire de partager ma mésaventure.
Un des employés, vieux garçon à la calvitie naissante et adepte des pulls en laine façon grand-mère, me rassura. Mon cas était une habituée des micro-scandales. Elle avait déjà accusé un type la semaine dernière, un professeur d’université. Alors que notre besogneux à lunettes planchait sur quelques textes de théoriciens du cinéma, sa voisine paranoïaque l’avait accusé de la mater.
L’agrégé père de famille, plan-plan, devenait un pervers hautement nocif. Une telle anecdote me fit comprendre, plus que n’importe quel discours, toutes les limites du contrat social.
***
Autre semaine, autre cas à traiter. Preuve s’il en est que les grands centres commerciaux attirent les pires rebus de l’humanité. Petites vacances en cadis, déambulations entre les néons, parlottes insignifiantes au milieu du vacarme porté par des enceintes de qualité médiocre. Tout ce beau monde vient chercher dans ces endroits artificiels quelques menus plaisirs, pour pas trop cher. En particulier, les week-ends.
Mon cas était cette fois-ci plus violent, verbalement mais aussi physiquement. Toujours tranquillement installé à la banque de prêt, tuant le temps avec diverses astuces, j’entendis comme une agitation sur ma droite. Un grand type, d’aspect clochard, noir, se dirigea, le pas pressé, jusqu’à moi.
Tactique d’esquive numéro un, je me mis à ranger tranquillement la pile de films qui se trouvait sur le chariot derrière moi. Le geste appliqué, l’œil scrutateur, je m’efforçais de remettre dans l’ordre alphabétique les fameuses côtes des DVDs rendus par les derniers visiteurs. Secrètement, j’espérais que ce nouvel énervé abandonnerait toute volonté de vengeance en me voyant ainsi dans ma bulle. Le cliché vivant du bibliothécaire autiste.
-       « Hep ! », il siffle, « toi ! »
-       « … », je poursuis mon travail de fourmie sourde.
-       « Hé ! ». Il ressifle.
-       « Oui ? ». Je me tourne à moitié dans sa direction.
-       « Remets le film. »
-       « Pardon ? ». Le tutoiement, le sifflement, ce type vient de combiner en l’espace de deux secondes les pires méfaits à mes yeux. Un vulgaire qui mériterait, au moins, un petit redressement civique dans un camp de travail.
-       « On m’a coupé le film, tu l’remets s’te plait. »
-       « Si on l’a coupé, je ne peux rien faire, c’est que… », ma voix s’éteint doucement en voyant mon homme repartir en sens inverse tout en invectivant quelqu’un que je ne voyais pas d’où j’étais.
J’étais intrigué. Trop curieux, je reposai les films que j’avais dans les mains pour suivre mon énergumène. On n’entendait pas grand-chose mais déjà les regards se focalisaient vers l’espace se trouvant pile dans mon angle mort.
La conservatrice de la bibliothèque, grisonnante, un peu coincée, bourgeoise, coupe à la garçonne, débarqua enfin dans mon champ de vision. Le dos courbée, de l’air de celle qui n’écoute pas, elle griffonnait je ne sais quoi sur un bout de papier. Mon clodo la talonnait.
Il lui lança la même question : le film, coupé, le remettre. Son discours était syncopé, fruit de son énervement et d’un suivi hasardeux à l’école. Chaque mot était comme mangé par sa grande bouche entourée d’une barbe épaisse et sale. La conservatrice tenait tête en continuant à le feinter.
Et puis d’un coup, comme une claque après une discussion un peu intense, notre second cas se mit en transe. Il gueula, rameutant cette fois-ci tous les regards en direction de la banque de prêt. C’était de l’injustice, on n’avait pas le droit de lui couper le film, il voulait le voir.
Après l’esclandre en public, théâtre mesquin des médiocres, le voilà qui insultait désormais notre brave responsable, les lunettes bien fixées sur le nez, le visage un poil trop proche de l’énervé. C’était une conne, une salope. Après un festival de délicatesses, notre clodo, qui n’en était peut-être pas un d’ailleurs mais le préjugé est malheureusement tenace chez moi, la menaça d’une future expédition punitive. Il note, il reviendra.
Pour finir en beauté, on ne peut pas clore une telle performance ainsi, notre homme se mit à casser les moindres objets qui vinrent rencontrer ses mains aux veines seyantes. Le présentoir avec les horaires, par terre ; le cavalier avec le plan de la bibliothèque, vol plané de quelques mètres avant un atterrissage raté en tous points. Tel le diable de Tasmanie, brutal et un peu crétin, notre homme réduisit en miette le mobilier petit budget de l’établissement.
Après avoir joué les discrets, comme toujours, le type chargé de la sécurité, une espèce de petit gros, évangéliste jusqu’au nombril, vint à la rencontre du problème sur pattes. Avec ses bras courts et ses doigts boudinés, il tenta de calmer la tornade en la guidant discrètement vers la sortie. Notre clochard se calma un peu.
Il arrêta de menacer d’un doigt rageur la conservatrice, de casser les présentoirs, pour insulter copieusement notre petit gros avant de partir définitivement. Après quelques minutes encore agitées, l’établissement retrouva son calme relatif. Ce nouveau cas provoqua quelques discussions entre les collègues, sans jamais déboucher sur rien de précis si ce n’est le simple partage de faits divers. On m’expliqua que le sujet de la discorde portait sur ces fameux films qu’on permettait de voir sur place.
Affalé sur un des ordinateurs prévus à cet effet, notre vrai-faux clodo s’était littéralement endormi devant son film. Après avoir attendu près d’une heure, la conservatrice avait finalement pris la décision de couper la projection privée. D’une part parce que le type squattait une place et d’autre part parce qu’il n’en était pas à son coup d’essai.
A la pause, de retour à mon bureau, à l’étage, je vis la responsable dans le sien, rédigeant avec application une lettre. J’appris plus tard qu’elle avait alerté la mairie de la dangerosité du personnage afin de lui interdire la fréquentation de la bibliothèque, voire des autres établissements du réseau. Au terme de mon stage, et au détour d’une conversation anodine, on m’annonça en rigolant que malgré l’ancienneté de la plainte la lettre n’avait eu à ce jour aucune réponse.
Bizarrement, j’eus du mal à rire devant ce mépris souverain des élus pour nos petits tracas du quotidien. Plus exactement, l’absence d’actions concrètes pour neutraliser les quelques parasites qui pouvaient pourrir l’ambiance d’un établissement en quelques coups d’éclat seulement. On ne s’occupe pas du « petit personnel », le plus important c’est l’électeur. Une leçon que j’allais revivre de nombreuses fois par la suite. 

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dimanche 27 juin 2010

Extrait - Cavanna et l'enfance

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Redirection en htm Cavanna n'est pas qu'un journaliste/éditorialiste, il est, ou a été plutôt, un écrivain talentueux. Dans la veine d'un Alphonse Boudard, avec un langage argotique et une certaine nervosité dans les descriptions, ce fils d'italiens dépeignait son enfance de manière admirable dans son livre Les Ritals. L'enfance dans une France en reconstruction, encore bricolée, avec la cruauté du quotidien de ces chers bambins. Une enfance avec ses initiations également. Premiers larcins, premières découvertes sexuelles. Du coup, derrière la virulence du langage, se cache une grande tendresse et un beau livre sur l'enfance.

Dans l'extrait ci-dessous, on peut lire un portrait/critique du narrateur à propos des pêcheurs. Drôle, vif et d'une incroyable justesse. Le regard acéré ou comment critiquer les petites gens, avec intelligence.

 L'écriture, toujours l'écriture

"Sur la Marne, il y a aussi les pêcheurs. Des vieilles merdes qui louent un emplacement avec un piquet pour amarrer une barque plate, peinte en vert, aussi déprimante à voir qu'une pantoufle charentaise. Ils restent là, des plombes et des plombes, à guetter le bouchon, faut avoir de la purée de marrons à la place du cerveau.Et quand ils en sortent un, ces enfoirés, un gardon comme mon petit doigt, je me barre, je les fracasserais à coups de parpaing, je les balancerais à la baille, je sens la colère rouge qui monte. Pourriture de braves gens ! Ils te décrochent la bestiole, la gueule arrachée, la jettent dans le panier de zinc, et là, elle se tortillera bâillera étouffera pendant des heures, tout ça pour que ces connards à bidoche grise, à bajoues et à mégot aient un peu de saine distraction au bon air !"

lundi 21 juin 2010

L'atelier d'écriture - nouveau chapitre du roman

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Un nouveau chapitre de mon roman est en ligne sur My Major Company Books. Je vous mets ici l'accroche du chapitre. Pour lire la suite, il faudra cliquer sur le lien. Le chapitre s'appelle "L'Atelier d'écriture" et projette notre narrateur/personnage dans un atelier de ce type. L'occasion pour lui de se divertir de l'aliénation du travail qu'il effectue chaque jour.

On fait chauffer les neurones

"Je me suis dit que ce n’était pas une mauvaise idée. Du coup, j’ai cherché. Un peu partout, sur Internet, dans les petites annonces du journal. Il me fallait trouver quelque chose, de quoi compenser mes longues journées de boulot par une activité prenante. J’avais choisi l’écriture.
            Le choix n’avait rien eu de cornélien. Trop fainéant pour m’astreindre à une activité physique, j’avais rapidement rayé du champ des possibilités le sport. L’écriture ? Pourquoi pas ? Du moment que ça me permettait de vider ma bile, de souffler un bon coup et de craquer légalement. Peu m’importait le moyen, seule la cause méritait qu’on s’y attarde.
            Pour pouvoir écrire, il faut écrire comme disait Bukowski. Comme je nageais en plein flou, je me suis dit qu’un petit coup de pouce ne serait pas de trop. Au lieu de me coltiner des livres, d’écrire péniblement comme un cheval de trait, l’atelier d’écriture se dressait devant moi comme une option viable et intelligente.
            « Aux belles lettres », sous ce nom un peu niais se cachait en réalité un atelier d’écriture, ouvert à tous, moyennant finance, en plein huitième arrondissement de Paris. C’est plus le hasard qui me décida à jeter mon dévolu sur cette association qu’un choix mûri comme il se doit. Après un coup de téléphone somme toute classique, je me décidai à m’y rendre le lundi suivant, jour de repos du bibliothécaire."


Le lien : http://www.mymajorcompanybooks.com/Auteurs/hassler/

lundi 14 juin 2010

Extrait - Nada et la naissance

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Redirection en htm Pour bien commencer la semaine, je me suis dit qu'il était de bon ton de vous faire découvrir un jeune auteur, il a publié il y a presque un an son premier roman, Nada. Percutant, violent, son livre Hécatombe nous fait suivre la destinée d'hommes et de femmes cherchant à combler le vide de leur existence par l'ultra-violence, la sexe et le drogue. Chacun poussant son vice, sa consommation, jusqu'à la destruction.

L'extrait qui suit n'est autre que l'ouverture du roman, on découvre le personnage de Maxence avant sa rencontre avec un groupe de skinheads.

 Nada en dédicace

"Maxence avait toujours su que sa vie ne lui serait d'aucune utilité.Avant même de le savoir, il l'avait senti, quand sa mère arrivée au terme de sa grossesse avait vêlé dans la chambre climatisée d'une clinique privée.
Il était né sans difficultés, sans trop occasionner de souffrances à sa génitrice suffisamment sereine et concentrée pour laisser son utérus se dilater au maximum. Elle avait poussé, elle avait crié, il était sorti, pas d'anomalie à signaler. Un braillard anodin surgi d'une matrice anonyme lors d'un accouchement sans surprise.

Toutes les conditions requises étaient réunies pour permettre à Maxence d'être broyé par les mâchoires d'une vie atrocement normale. Digéré, puis réduit à l'état de matière par l'estomac d'une existence frigide, il n'avait somme toute qu'à se laisser chier dans la fosse septique urbaine où s'agglutinait, grouillante, la masse en mouvement."

Je signale d'ailleurs que j'ai eu l'occasion de rencontrer l'auteur et que je vais mettre en place sous peu une interview pour lui donner l'occasion de s'exprimer sur son roman, l'écriture et la littérature plus largement.

samedi 12 juin 2010

Moi et My Major Company Books

2 commentaires
Pour ceux qui veulent me lire, au lieu de retrouver des extraits éparpillés, je me suis inscrit au site My Major Company Books. Ce site reste une arnaque, de l'auto-édition déguisée, mais vous permet de mieux me découvrir et me lire.

 La nouvelle mode et moi


J'ai posté le premier chapitre du roman sur lequel je suis actuellement, format pdf, avec la liseuse du site ça passe niquel. Voilà.

mercredi 9 juin 2010

Le concert surprise - deuxième suite

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La suite du roman, le chapitre "Le Concert surprise".

Fraternisons mes frères

"Comme tout groupe de la même trempe, les paroles avaient leur importance. « Chansons à texte » précisait Baptiste fier de lui. Apparemment, c’était lui l’auteur de ces saillies. Forcément, idéologiquement très marquées. Il s’agissait de traiter un peu tous les problèmes du monde, les belles causes. Des sans-papiers à la pauvreté, les chansons formaient un tel amas de pathos qu’un diabétique en crèverait rien qu’à la vision de ce galimatias.

Moi je ne mourrais pas, je souffrais en silence. Mon statut d’esthète violemment tancé par ces quelques productions musicales. Assez rapidement, toute l’assistance commença à parler musique, plus précisément du groupe de Baptiste. Fier de lui, tel le Candide de Voltaire, notre brave garçon se lança dans une pénible énumération des tentatives du groupe pour percer.

Ils enchaînaient les sortes de crochets et autres compétitions musicales, dès qu’une salle de concert ou une association mettait sur pied quelque chose qui s’apparentait à ça, le groupe se radinait avec ses dernières productions sous le coude. Malgré la médiocrité ambiante, tout entretien se soldait par un échec. Cuisant et violent.

Je me demandais tout de même comment il faisait, tous, pour vivre. S’ils pensaient vivre de leur « art », mieux valait vivre petitement. Ce qui n’avait pas l’air d’être le cas ici vu l’approvisionnement en bières et pizzas qui formaient désormais une sorte de train lascif de la cuisine jusqu’au salon. La question n’était pas taboue mais était vite éludée, j’eus ma réponse au détour d’une conversation. Ils étaient étudiants.

Tous, Baptiste comme ses camarades. Batteur, bassiste, guitariste la nuit et étudiant le jour. Sans trop faire d’effort, je compris avant même que la chose ne me soit confirmée que papa/maman finançait la vie minable de leurs progénitures. Chacun, le cul bien au chaud, pouvait se permettre de plonger à grandes brasses dans le déni du réel puisque le filin qui les retenait à la surface ne lâcherait jamais. Des parents qui paient l’indépendance de leurs enfants, c’est d’un banal.

La bière, ou plutôt les bières, commençait à faire son effet. Sans être pompette, j’avais le cerveau qui commençait à marcher au ralenti. Typique lorsqu’on ne mange pas en même temps que l’on boit. Du coup, avec un temps de latence plus ou moins grand, j’essayais de suivre les discussions hilares qui m’entouraient sans réussir pourtant à raccrocher les wagons.

A ma droite venait de s’engager un discours philosophico-mystique. Ils parlaient politique avec une naïveté à la hauteur de leur ignorance. Comme des artistes. C’était du Tocqueville sans le talent, du Robespierre sans l’audace, du Marx sans la pertinence. Bref, c’était du rien, du vent, du que dalle.

Pourtant, ils ne pouvaient s’empêcher, groupies, fans comme le groupe, de se pignolaient joyeusement, tous ensemble, dans cette espèce de fraternité répugnante que les gauchistes adorent. Ma seule envie à moi, c’était de me diriger vers les toilettes histoire d’évacuer cette mauvaise bière. Je luttais pour ne pas tout renvoyer, là, maintenant, au milieu de cette instance de joyeux drilles.

J’avais autant envie de gerber que de me lever d’un coup, et beugler, avec force et fracas, mon dégoût pour cette bande de crasseux. "Vous me faîtes chier bandes de cons", je ne le dis pas. Emasculé que j’étais par des années de pacifisme et d’éducation socialisante. Mou du genou, chèvre bêlante, petit médiocre forgée à la lumière du prêt à penser.

Mieux valait éviter l’esclandre, même si la chose me chatouillait de plus en plus. Je préférais me diriger vers les toilettes et faire ma petite affaire. A peine arrivé au lieu-dit, je rencontrai une fois encore la colocataire avec son joint dans les mains. Elle dormait à moitié sur la cuvette des chiottes. Comme cassée."

lundi 7 juin 2010

Le concert surprise - la suite

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Aujourd'hui, j'ai décidé de publier la suite du premier extrait du roman sur lequel je travaille actuellement. Souvenez-vous donc, le narrateur/personnage se retrouve, après un concert d'amis d'une amie, dans l'appartement de l'un des musiciens. Après une visite des lieux, les convives se posent et discutent.


Des groupies déchaînées

"La discussion commença rapidement. Je l’entrecoupais de quelques gorgées de bière. Baptiste se tenait  en face de Cécile. Tous les deux, ils parlaient musique, déliraient gentiment sans se douter que je n’y comprenais rien et que ce communautarisme du rire m’emmerdait profondément. Il y a comme une régression mentale chez certains jeunes qui me donne à vomir. Comme si l’intelligence, la réflexion étaient devenues des gros mots qu’ils faillaient battre à coups de rires imbéciles.

Les autres musiciens étaient dispatchés dans la pièce. Deux sur le canapé, un sur un pouf derrière la table basse. Ils parlèrent du concert bien entendu, de musique, tout en caviardant leurs propos d’un jargon branchouille qui m’était étranger. La soirée allait être longue.  

On sonna, c’était les deux groupies de tout à l’heure. Des poufiasses de premier choix, en total admiration devant ces musiciens de bazar. C'était leur Beatles à eux, sans aucun doute. L’une était brune, assez grosse, avec des lunettes, l’autre affichait une blondeur fadasse doublée d’une maigreur déplorable. Leur jovialité masquait difficilement la vacuité de leurs personnes.

Elles vendaient des colliers de perles à la sortie des concerts du groupe. C'était ça leur but dans la vie. Cette espèce de résidu d'une révolte estudiantine attardée. Une idéologie à peine digne des gogues. Des marginales qui, par un mimétisme dont elles ne se rendaient pas compte, reproduisaient les logiques d’un marché qu’elles critiquaient en le simplifiant à l’extrême. Même pas baisables.

Leurs recettes étaient maigrichonnes, pour ne pas dire risibles. Je dus les embrasser, malgré la forte répugnance que j’avais à poser mes lèvres sur ces joues suintantes de gauchistes. La brune portait une de ces écharpes pleine de couleurs et de discrétion comme on en fait de nos jours. L'autre arborait un bandana rouge, noué autour de son poignet. C’était le genre de connes à parler avec effusion de la liberté, sans comprendre que le libre arbitre c’est le degré zéro de la liberté.

Elles s’assirent à côté de moi, sur le canapé. Elles ne pouvaient s’empêcher de rire aux éclats à chaque fois qu’on leur adressait la parole. Comme une mécanique non justifié mais incontrôlable. Je m’efforçais d’afficher un sourire, en dépit de ma nervosité, pour ne pas trop jurer dans cette assemblée de festifs.

Pour créer une ambiance, comme il aimait à le dire, Baptiste venait de lancer un CD des dernières compositions du groupe. Pas encore connu, mais bourré de talent. Il nous l’assurait avec une telle conviction qu’on ne pouvait que rallier son jugement. Le style, s’il fallait le définir, empruntait à beaucoup d’univers existants. Une sorte de melting-pot foutraque où se retrouvait autant la chanson réaliste à la française que des sonorités africaines ou encore un rock calibré jeunes bourgeois"

mardi 18 mai 2010

Le concert surprise - première étape d'un roman en construction

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J'évoquais, dès le premier billet de ce blog il me semble, le suivi pas à pas de l'écriture d'un roman. Je commence dès aujourd'hui. Je suis retombé il y a peu sur quelques chapitres écrits il y a 4 ou 5 ans. Après relecture, je me suis dis qu'il était bête de laisser tomber ces quelques pages. Du coup, j'ai commencé une refonte totale de ces prémisses d'un roman. Aujourd'hui, le narrateur du roman se rend à un concert improvisé après avoir reçu un coup de téléphone d'une ancienne amie. Il s'y rend, subit la bouillie musicale des musiciens amateurs, et termine la soirée dans l'appartement d'un des musiciens. Cet extrait décrit la découverte de l'appartement par notre brave narrateur.

Le début de la souffrance

"On arriva enfin à l'appartement de Baptiste. Il vivait en collocation, comme beaucoup de gens de son espèce. Le genre de compromis médiocre qu’aime à mettre en avant les petits bourgeois avides d’indépendance. Une indépendance qui ne tient que par le vernis dont elle est enduite. Bien évidemment. Ca puait la clope, la sueur, le renfermé et même la gerbe dans certaines pièces. Baptiste et sa colocataire vivaient au milieu des CDs, des vinyles, des instruments de musique et des bières à moitié ouvertes. Une vraie porcherie indigne d’un être humain. Mais tout à fait adéquate pour un artiste type underground.

Dans le salon, on pouvait voir une table basse transparente, légèrement fêlée sur les côtés et globalement crade. Des ronds de crasse, disposées irrégulièrement sur la vitre, constituaient des témoignages fébriles d’anciennes beuveries. En face, un canapé un peu déglingué faisait office de « pose-culs ». La fesse frôlant à peine le tissu, on se sentait partir comme à la renverse. Aspiré par une entité molle qui n’avait pu lieu d’être. Disposés un peu partout, des sièges cherchaient à masquer le vide de cet antre.

Après le salon, ce fut au tour de la cuisine. Le carrelage n’était pas des plus brillants. Les jointures viraient marron. Le micro-onde était moucheté de tâches de sauce, les boites vides s'empilaient, sur la table de la cuisine ou sur le sol. Baptiste avait une certaine notion de l’hygiène qui avait de quoi surprendre. Une sorte de résurgence du baba-cool dans les années 2000. Un anachronisme à éradiquer comme un furoncle sur un postérieure.

Me dirigeant de nouveau vers le salon, je découvris la fameuse colocataire. Un joint dans les mains. Du bout des doigts, telle une fétichiste, elle cherchait à garder le plus longtemps possible son précieux objet. Elle tirait dessus à intervalle régulier, les yeux déjà rouges, l’air hébété. On pouvait dire qu’elle planait depuis un bon bout de temps.

Une fois que nous fûmes tous installés, Baptiste proposa une pizza à ceux qui en voulaient. Il était déjà 1 heure du matin. Vu l’état de la cuisine, je me suis dis que m’abstenir n’était pas une mauvaise chose. De la tête, je déclinai la proposition. Par contre, pour la bière, je n’hésitai pas un instant. Le cul vissé sur un haut tabouret noir, en cuir déchiré, j’observais tel un Zarathoustra de fortune la décadence festive d’une jeunesse ectoplasmique."