Affichage des articles dont le libellé est nuit. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nuit. Afficher tous les articles

dimanche 23 mai 2010

Extrait - Proust et Combray

0 commentaires

Vous allez être redirigé vers le nouveau site dans 10 secondes, ne fermez pas la page !


Redirection en htm Pour bien commencer la semaine, je me suis dis qu'un peu de Proust ne ferait de mal à personne. L'introduction de Du côté de chez Swann est un petit bijou d'élégance qu'il ne faut pas hésiter à relire. Le narrateur, débutant ce long cycle d'A la recherche du temps perdu, évoque ses nuits.

On a rarement eu l'occasion de lire d'aussi belles lignes sur le sommeil, la lecture. Ce léger basculement du monde réel à celui des rêves, l'angoisse même que peut provoquer ce changement d'état. De l'éveil au sommeil. Proust nous décrit tout cela avec style, illustrant cette lutte en utilisant ces fameuses phrases. Longues, proposant des arrêts plus ou moins longs, permettant au lecteur de se poser quelques instants avant de repartir, dans l'attente que la phrase se termine. C'est le génie de Proust. De longues phrases, incroyablement construites, qui manquent toujours de s'écrouler mais ne chutent jamais.

Marcel va encore passer une mauvaise nuit

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison, mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était pas allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure ; le sujet du livre se détachait de moi,
j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure il pouvait être ; j’entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la station prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour."

jeudi 29 avril 2010

Céline et la campagne

0 commentaires

Vous allez être redirigé vers le nouveau site dans 10 secondes, ne fermez pas la page !


Redirection en htm
Céline fut probablement notre dernier grand styliste français dans notre littérature nationale. Avec une découpe des phrases à la hache, la multiplication des signes de ponctuation comme autant coups de poing, Louis-Ferdinand a imposé sa marque de fabrique. Et cela dès son premier roman, Voyage au bout de la nuit.  C'est la gouaille du peuple, l'oralité des faubourgs.

Avant de se caricaturer, car de livre en livre l'ancien docteur Destouches a poussé son style jusqu'à son paroxysme, quitte à devenir parfois lourd et ennuyeux, Céline est l'auteur de quelques saillies remarquables. L'extrait que je tenais à vous faire partager aujourd'hui est cette fameuse description de la campagne que livre le personnage principal du Voyage au bout de la nuit. En quelques mots, Céline nous dit tout son dégoût de la vie, des gens. Formidable porte-voix des "sans grades", Ferdinand reste un monument qu'il serait bête d'ignorer pour des raisons idéologiques.


 Rien ne vaut la compagnie des chats et des chiens

"La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça, la France, et puis, c'est ça les Français. (...) Arthur, l'amour, c'est l'infini à la portée des caniches, et j'ai ma dignité, moi ! que je lui réponds (...) Moi, d'abord, la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, sous ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ces chemins qui ne vont nulle part. (...) L'attendrissement sur le sort, sur la condition du miteux..."

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline