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mardi 1 juin 2010

Extrait - Houellebecq et l'amour physique

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Redirection en htm Michel Houellebecq a une marotte bien à lui : le désir et la sexualité  Bien que romancier, Michel a su comprendre intelligemment toute la lutte qui pouvait découler de ces deux points essentiels. Une lutte comme celle se faisant dans le domaine économique. Une moyen de différenciation, de quoi constituer des échelles de valeurs sur lesquelles on placera délicatement les hommes.Pour reprendre le titre du premier roman de Houellebecq, on peut dire que la lutte des classes (lutte économique) se poursuit par la lutte pour une sexualité épanouie. "L'extension du domaine de la lutte". Posséder, être un jouisseur.

Dans l'extrait qui suit, tiré de La Possibilité d'une île, le narrateur nous parle de l'amour physique. Élément fondateur de la relation et surtout d'autres types de relation. C'est bien ce qui est cruel et terrible. Puisque les critères nécessaires pour cet amour physique nécessitent des qualités humaines, physiques aussi forcément, qui déclinent avec l'âge. D'où l'angoisse de la pénétration, l'âge passant.

Michel est jouisseur qui doute

"Lorsque la sexualité disparaît, c'est le corps de l'autre qui apparaît, dans sa présence vaguement hostile; ce sont les bruits, les mouvements, les odeurs; et la présence même de ce corps qu'on ne peut plus toucher, ni sanctifier par le contact, devient peu à peu une gêne; tout cela, malheureusement, est connu. La disparition de la tendresse suit toujours de près celle de l'érotisme. Il n'y a pas de relation épurée, d'union supérieure des âmes, ni quoi que ce soit qui puisse y ressembler, ou même l'évoquer sur un mode allusif. Quand l'amour physique disparaît, tout disparaît; un agacement morne, sans profondeur, vient remplir la succession des jours. Et, sur l'amour physique, je ne me faisais guère d'illusions. Jeunesse,beauté, force : les critères de l'amour physique sont exactement les mêmes que ceux du nazisme. En résumé, j'étais dans un beau merdier."

dimanche 23 mai 2010

Extrait - Proust et Combray

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Redirection en htm Pour bien commencer la semaine, je me suis dis qu'un peu de Proust ne ferait de mal à personne. L'introduction de Du côté de chez Swann est un petit bijou d'élégance qu'il ne faut pas hésiter à relire. Le narrateur, débutant ce long cycle d'A la recherche du temps perdu, évoque ses nuits.

On a rarement eu l'occasion de lire d'aussi belles lignes sur le sommeil, la lecture. Ce léger basculement du monde réel à celui des rêves, l'angoisse même que peut provoquer ce changement d'état. De l'éveil au sommeil. Proust nous décrit tout cela avec style, illustrant cette lutte en utilisant ces fameuses phrases. Longues, proposant des arrêts plus ou moins longs, permettant au lecteur de se poser quelques instants avant de repartir, dans l'attente que la phrase se termine. C'est le génie de Proust. De longues phrases, incroyablement construites, qui manquent toujours de s'écrouler mais ne chutent jamais.

Marcel va encore passer une mauvaise nuit

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison, mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était pas allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure ; le sujet du livre se détachait de moi,
j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure il pouvait être ; j’entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la station prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour."