mercredi 1 août 2012

René Fallet et les architectes

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Souvent dans l'ombre de George Brassens, on oublie que l'ami du chansonnier à la moustache était aussi un truculent styliste, pourfendeur des détenteurs de ce que Murray appellera "L'Empire du Bien". Du côté du peuple, de ce peuple que l'élite appelle parfois la populace quand elle est excédée par son comportement, René Fallet ne cesse d'être un amoureux du verbe et des plaisirs simples. Il suit le cyclisme, pratique la pêche et la pétanque. Un homme simple qui écrit un peu comme Céline, avec cet ardent désir de retrouver l'oralité par l'écrit. 

L'extrait qui suit, issu d'Un Idiot à Paris, est une des ces savoureuses digressions propres à René Fallet. Le romancier parle des architectes, des "toujours contents" et, forcément, du rapport de cet élite aux râleurs français, le peuple en somme. Incisif et bien troussé, un styliste populaire comme on en fait malheureusement (presque) plus.


René Fallet

(...) Mets-toi dans le citron, Goubi, que les types qui construisent les HLM et ceux qui écrivent qu'il n'y a rien de mieux que les HLM pour les minus - ils sont "chauffés, ils ont l'eau et le vide-ordures, c'est merveilleux, qu'ils disent - ils se gardent bien d'y habiter, pas fou! C'est au coin du feu de bois, à Neuilly, ou à Passy, qu'ils nous mijotent ça, les architectes et les entrepreneurs, pas loin de la bonne à Madame en fourrure qui vote communiste avant de s'envoyer en l'air dans les petits studios de la rue de Berri. Les autres, au rayon publicité, ceux qu'ont le stylo en bois des îles et en flûte de Pan, si tu as le malheur de renauder, de rouscailler, ils te pourfendent : "De quoi! Vous préfériez les taudis, hein! Vous êtes un passéiste! Connaissez rien au monde moderne! Vous êtes pas encore assez minable d'abord! Pas assez serrés dans le métro! Dix étages seulement à vos immeubles, nous en faut quinze, vingt, trente, on s'en fout! Vous connaissez rien à la politique! Comment on le sait? Y'a qu'à voir comment vous votez pour être au courant! Nous faut soixante-quinze millions d'habitants, en France, plus si vous voulez, pas un de moins en tout cas, vu que c'est là l'optimum de la population, c'est Debré qui le dit! Quelqu'un Debré! Député de la réunion! Un crack! Plus vous serez de lapin dans la cage, plus vous aurez de carottes, officiel !" Voilà ce qu'ils disent des jamais contents, les toujours contents. (...)

lundi 30 juillet 2012

Podcast - Jean-Jacques Rousseau et Emile ou de l'éducation

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A l'occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, je me permets de vous livrer le premier podcast du bréviaire des vaincus. Pour ce premier épisode, j'ai décidé de vous parler de la philosophie politique de Rousseau et plus précisément de sa vision de l'éducation de l'enfant. C'est donc en me basant sur Emile ou de l'éducation que je vous livre ici quelques réflexions qui vous conduiront conduisant, j'espère, à lire ou relire ce grand penseur français.


 
Cliquez sur le lien suivant pour accéder au podcast : http://ia600501.us.archive.org/31/items/Podcast-RousseauEtEmileOuDeLducation/PodcastRousseau1.m4a




dimanche 29 juillet 2012

Lecture du moment - Le Capitalisme de la séduction de Michel Clouscard

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Pour une réflexion dense et juste sur la société de consommation, l'évolution des clercs, etc. Je ne peux que vous recommander ce livre de Michel Clouscard, professeur de sociologie marxiste. C'est ma lecture du moment.

lundi 25 juillet 2011

Extrait - Dazai et le mont Fuji

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Redirection en htm Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler d'un auteur japonais au destin tragique puisqu'après trois tentatives de suicide,Osamu Dazai, parvint enfin à mettre un terme à sa vie. Ecrivain alcoolique, drogué un temps mais surtout très tourmenté, c'est du côté de son anthologie de nouvelles, Cent vues du mont Fuji, qu'il faut voir et non dans son texte le plus célèbre, mais médiocre, La Déchéance d'un homme.

Dans la nouvelle Cent Vues du mont Fuji, justement, Dazai démonte littéralement l'icône qu'est le mont Fuji. Au lieu d'un bête soumission à la carte postale mythifiée par le peintre Hiroshige, Osamu Dazai prend un malin plaisir à dégommer ce symbole national en nous amenant à nous questionner sur une conviction née d'un matraquage publicitaire. Une certaine irrévérence, on en attendait pas moins de cet autour certes inégal mais tellement touchant.



"Les pentes du mont Fuji convergent à un angle de quatre-vingt-cinq degrés sur les peintures de Hiroshige et de quatre-vingt-quatre degrés sur celles de Bunchô; mais il suffit d'étudier une carte d'état-major pour constater que l'angle des pentes est-ouest est de cent vingt-quatre degrés, et celui des pentes nord-sud, de cent dix-sept degrés. Hiroshige et Bunchô ne font d'ailleurs pas exception : sur presque toutes les représentations du Fuji, l'angle formé par ses pentes est très aigu, ce qui donne effilé, très élevé, très frêle. Chez Hokusai, cet angle est d'à peu près trente degrés : on dirait la tour Eiffel ! En réalité, le Fuji forme un angle obtu : il est tout en pentes douces. Avec ses cent-vingt-quatre degrés dans un sens et ses cent-dix-sept degrés dans l'autre, il n'a rien d'une montagne particulièrement élevée, rien de spectaculaire. Il me semble que si j'étais en Inde ou ailleurs et qu'un aigle vînt me prendre dans ses serres pour me lâcher ensuite au-dessus de la côté du Japon à proximitié de Numazu, je ne serais guère impressionné par le spectacle de cette montagne. "Le Fujiyama, splendeur du Japon" : si les étrangers le trouvent wonderful, c'est parce qu'on leur en a mille fois parlé : c'est devenu pour eux une vision de rêve. Mais supposons que l'on aille à la rencontre du Fuji sans avoir été soumis à tout ce matraquage publicitaire - bref, naïvement, innocemment, avec un coeur qui serait comme une page blanche : dans quelle mesure saurait-on l'apprécier ? Rien n'est acquis. C'est une montagne plutôt petite. Oui, petite par rapport à sa base. Etant donné sa largeur à la base, le Fuji devrait être une fois et demie plus haut."

mercredi 15 juin 2011

Extrait - Jean-Claude Michéa et le libéralisme

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Jean-Claude Michéa est un penseur actuel d’une grande vivacité et d’une grande pertinence. Réhabilitation de la pensée politique d’Orwell, fine réhabilitation, l’homme est surtout connu pour sa critique du libéralisme avec un ouvrage comme L’Empire du moindre mal, complété par Retour sur la question libérale, comme pour mieux consolider les éléments négligés.

Philosophe jargonnant un peu, mais pas trop, il n’en demeure pas moins en constante prise avec le réel grâce à la mobilisation de sources concrètes (ses notes forment presque un livre à part entière). Si l’abstraction est nécessaire dans un tel discours, on manipule avant tout des notions, elle n’est jamais laissée seule, comme une étrange nébuleuse. L’extrait ci-dessous, tiré de L’Empire du moindre mal, n’est rien moins que la conclusion de l’ouvrage. Une conclusion forte et juste.



« Le nouvel ordre humain que les élites libérales sont désormais déterminées à imposer à l’échelle de la planète, exige, en effet, que les hommes cessent précisément de « se sentir hommes » et se résignent enfin à devenir de pauvres monades égoïstes, condamnées à produire et consommer toujours plus, chacune luttant impitoyablement contre toutes les autres, dans l’attente de son hypothétique « quart d’heure de célébrité ». Hannah Arendt avait donc parfaitement raison de souliggooglener, dans La Condition de l’homme moderne, que « ce qu’il y a de fâcheux dans les théories modernes ce n’est pas qu’elles sont fausses, c’est qu’elles peuvent devenir vraies ». S’il est ainsi toujours exact que l’homme n’est pas égoïste par nature, il est non moins exact que le dressage juridique et marchand de l’humanité crée, jour après jour, le contexte culturel idéal qui permettra à l’égoïsme de devenir la forme habituelle du comportement humain. Les partisans de l’humanité seraient donc malvenus de sous-estimer cette réalité nouvelle. Ils doivent impérativement prendre conscience, au contraire, que la course est déjà commencée et que, dans cette course, le temps jour maintenant contre eux. »

mercredi 8 juin 2011

Extrait - Traven et les colons espagnols

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Traven est un romancier mystérieux. Brouillant volontairement les pistes, écrivant sous des noms d’emprunt, disparaissant, réapparaissant sans cesse. Son idée était de promouvoir non sa vie mais son œuvre, d’où ce flou savamment entretenu. Allemand d’origine, Traven n’en demeure pas moins un amoureux du Mexique se dévouant corps et âme à critiquer les colons espagnols et défendre ce petit peuple qu’il chérissait tant.

La Révolte des pendus est considéré comme son chef d’œuvre pour beaucoup de lecteurs. Dans ce récit, le lecteur suit la lente révolte de Mexicains encore sous le joug de colons espagnols. Le climat devient de plus en plus délétère, les forces contestataires s’organisent. Pendre pour mieux mater ce peuple exploité ne suffit plus, d’événement en événement, les bûcherons mexicains fomentent un soulèvement radical et suicidaire. Le passage ci-dessous retranscrit, dans la bouche de l’un des exploitants espagnols, tout le mépris, l’avidité du profit, de ces entrepreneurs. Une vision certes caricaturale, sans nuance, mais complètement assumée par Traven. En clair, une charge politique au sens large.



« Nom de Dieu d’enfants de garces ! Tas de salauds puants et dégueulasses que vous êtes. C’est comme cela que vous me volez mon argent que j’ai eu tant de mal à gagner ? C’est comme cela que vous le faites valser à boire et à courir les filles et que pendant trois mois, trois longs mois où vous auriez eu le temps de travailler pour moi, vous n’avez rien foutu, même pas fait partir un seul convoi de caoba ? Pourtant, le bon Dieu et la Sainte Vierge en sont témoins, je vous ai toujours payé vos gages, je ne vous dois rien, tas de boucs putassiers, et je n’ai jamais été en retard à payer son dû à celui qui faisait son travail. Et maintenant, j’arrive au bout de trois mois, et il n’y a rien de rien aux tumbos : pas un brin de caoba qui vaille la peine qu’on en parle ! Moi qui croyais en trouver haut comme des montagnes ou du moins comme la cathédrale de Villahermosa, je ne trouve rien ou guère plus. Mais, bon Dieu de bon Dieu et par tous les saints du bon Dieu, je me demande ce que vous avez bien pu foutre pendant tout ce temps, voyous que vous êtes. Vous avez dû passer vos journées à forniquer, à vous torcher vos sales museaux, à vous soûler la gueule et à poser culotte ! Allez-vous répondre, tonnerre ? Et pas de mensonges, hein ! Sinon, je vous défonce la mâchoire, tas de golfos, de détrousseurs de cadavres pestiférés. Alors qu’avez-vous à répondre ? »

vendredi 20 mai 2011

Extrait - Rousseau et la générosité

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Jean-Jacques Rousseau reste, malgré sa paranoïa aïgue, un grand philosophe. Criticable sur bien des points, mais majeur en ce qui concerne la pensée philosophique. Un peu comme une balise historique. Des ouvrages comme Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes demeure une oeuvre de référence encore aujourd'hui.

L'extrait du jour est lapidiare et provient du pavé L'Emile ou de l'éducation. A travers son traité d'éducation, un traité idéal pour un enfant fictif, Rousseau livre une réflexion en profondeur sur l'éducation à donner aux enfants. Etape par étape, de l'enfant fictif à la fille qui deviendra l'épouse. Le philosophe brasse large et évoque également la religion grâce à sa fameuse Profession de foi du Vicaire Savoyard. Le court passage ci-dessous est à mettre en parallèle avec nos people versant grandement dans l'humanitaire, nos stars la main toujours sur le coeur. Méfiance vous dira Rousseau, méfiance.



« Défiez vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins »

jeudi 5 mai 2011

Extrait - Rutebeuf et la pauvreté

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Redirection en htm C’est vrai qu’au bréviaire on ne cite pas vraiment de poètes. Je tenais donc à réparer cette faute en en mettant un en avant aujourd’hui. Illustre bonhomme, nébuleux car le réel et le mythe se mêlent jusqu’à la confusion lorsqu’on cherche à le saisir, je parle bien sûr de Rutebeuf. Chanté par Léo Ferré, la poésie de Rutebeuf a quelque chose de magique. Non pas mystique ou onirique, elle nous touche par son efficacité, sa langue si marquée et son envie de se frotter un peu à d’autres sujets que la religion, dominante dans le domaine de la création à son époque.


Pour une fois, l’extrait est court. Pas de recueil précis comme source, le mieux est encore de s’offrir les poésies complètes de Rutebeuf et d’apprécier, par petites touches, ces moments de grâce. Dans l’extrait ci-dessous, le poète nous parle de pauvreté mais sans verser dans un pathos indigeste, la preuve le tout fini par parler de cul.


Pauvre sens et pauvre mémoire

M’a Dieu donné, le Roi de Gloire

Et pauvre rente

Et froid au cul quand bise vente