mardi 25 septembre 2012

Jules Verne et la figure de l'usurier

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Ce billet pourrait très bien être considéré comme la suite de l'article Zola et la spéculation boursière. Zola ne fut pas le seul écrivain du XIXème siècle à épingler la figure de l'usurier juif. En faisant quelques recherches, sur le sujet et à travers les siècles, on découvre une véritable constante. De Voltaire à Céline, les descriptions brutales, et les commentaires qui les accompagnent, sont nombreuses.



Le Juif fut assez rapidement, dans le monde occidental, cantonné pour diverses raisons à la gestion de l'argent, ce que démontre admirablement bien Bernard Lazare dans L'Antisémitisme, son histoire, ses causes. Quelques citations du livre : "C’est vers la fin du VIIIe siècle que se développa l’activité des juifs occidentaux. Protégés en Espagne par les Kalifes, soutenus par Charlemagne qui laissa tomber en désuétude les lois mérovingiennes, ils étendirent leur commerce qui jusqu’alors avait consisté surtout dans la vente des esclaves...Sur cette richesse des Juifs, surtout en France et en Espagne, jusqu’au XIVe siècle, nous avons d’ailleurs les témoignages des chroniqueurs et ceux des Juifs eux-mêmes, dont plusieurs reprochaient à leurs coreligionnaires de se préoccuper des biens de ce monde beaucoup plus que du culte de Jehovah.". 

De cette obligation, le juif se lançant dans les affaires d'argent trouva un moyen d'acquérir un pouvoir que les instances politiques et religieuses lui refusaient. Un pouvoir qui amena bien des jalousies, du fait de fantasmes ou d'excès réels (Lazare évoque des "privilèges", souvent économiques, comme lors de l'Antiquité). 

Les descriptions de Jules Verne se focalisent sur deux aspects du Juif usurier : son omniprésence sur le globe (son affaire ne connait pas de frontières) et sa capacité d'adaptation (la culture de l'Autre étant un vernis dont il faut se vêtir parfois pour continuer la bonne marche du Marché). 

Le premier extrait est issu du roman Le Château des Carpathes : 

« On verra le sol passer peu à peu de la race indigène à la race étrangère. Faute d’être remboursés de leurs avances, les Juifs deviendront propriétaires des belles cultures hypothéquées à leur profit, et si la Terre promise n’est plus en Judée, peut-être figurera-t-elle un jour sur les cartes de la géographie transylvaine. »

Le deuxième extrait provient lui du roman Hector Servadac :

« C’était un homme de cinquante ans qui paraissait en avoir soixante. Petit, malingre, les yeux vifs mais faux, le nez busqué, la barbiche jaunâtre, la chevelure inculte, les pieds grands, les mains longues et crochues, il offrait ce type si connu du Juif allemand, reconnaissable entre tous. C’était l’usurier souple d’échine, plat de cœur, rogneur d’écus et tondeur d’œuf. L’argent devait attirer un pareil être comme l’aimant attire le fer, et, si ce Shylock fût parvenu à se faire payer de son débiteur il en eût certainement revendu la chaire au détail. D’ailleurs, quoi qu’il fût juif d’origine, il se faisait mahométan dans les provinces mahométanes, lorsque son profit l’exigeait, chrétien au besoin en face d’un catholique, et il se fût fait païen pour gagner davantage. Ce juif se nommait Isac Hakhabut… ».

Encore une fois, on peut renouveler les remarques faites à propos de Zola. En effet, Verne vécut l'affaire Dreyfus. Cas intéressant, et différente de Zola, le romancier fut hostile à Dreyfus (antidreyfusard donc) mais en aucun cas antisémite (comme Edouard Drumont par exemple). On retrouve donc la double articulation, ce paradoxe d'apparence, entre la critique du Juif usurier et la protestation, non passionnée et haineuse, au coeur d'une affaire de trahison militaire mettant en lumière un officier juif (une origine qui attisera chez de nombreux lettrés une véritable haine du Juif). Verne s'oppose à Dreyfus mais ne s'emballe pas, pas de critique racialiste, pas de haine. Sa grille de lecture n'est pas judéo-centrée comme pour tout bon antisémite. Verne a un esprit fin.

Verne cernait finalement un type, et donc l'origine ethnico-culturelle du type, à propos d'un sujet précis pour en brosser le portrait dans ses romans. Cette identification, avec l'excès de style et les excès qu'elle peut entraîner, n'était en aucun cas le fait d'un antisémitisme épais et brutal. Verne faisait simplement la part des choses et ne cherchait aucunement à englober une communauté dans un type.

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